Les travaux du poilu (1916) |
![]() Ce n’est plus dans la tranchée, le grincement de la lime qui frotte sur le métal, mais le pan, pan, monotone de l’imprimeur. Le travail est joli, et peut rivaliser avec la dentelle la plus fine, il puise son originalité dans le gout et l’habileté de chaque artiste. A première vue, on est stupéfié par la dose prodigieuse de patience qu’a dû nécessiter un pareil travail, car chacun croit qu’il est le résultat d’innombrables petits coups d’épingle donnés pour ajourer la feuille. Pas si bête notre poilu. La concurrence industrielle paraissant, cette fois, difficile, dévoilons le « truc », non breveté. Le matériel est simple: Un morceau de bristol où l’on découpe le nom ou le dessin à reproduire. Une feuille d’arbre. Une planchette recouverte d’étoffe. Une brosse à habit. Mettez la feuille sur la planchette, le gabarit sur la feuille, immobilisez le tout avec deux doigts et frappez avec la brosse sur ce qui dépasse. La feuille, chacun le sait, est formée de nervures ligneuses, ramifiées à l’infini et supportant dans leurs mailles un tissu des plus délicats. Sous l’action répétée des coups de brosse, ce tissu s’effrite et disparait, sauf dans la région protégée par le modèle. Seules, résistent les fibres ligneuses, qui dessinent bientôt, avec leur trame ajourée, la plus fine des dentelles. Toutes les feuilles ne conviennent pas. Celle du chêne est des meilleures. L’habileté du poilu réside dans le choix de cette feuille qu’il faut ni trop sèche, ni trop verte, dans l’élégance du dessin et dans la juste intensité des coups de brosse. Article et photographie relevés dans Pages de Gloire N° 103 - 19 novembre 1916. |
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